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II sec. d.C.

ANTONINO LIBERALE, Le Metamorfosi, XXXIV

Smyrna

Sur le mont Liban Théias, fils de Bélos, et la nymphe Orithyie eurent une fille, Smyrna. Pour sa beauté, une foule de prétendants venant de cités sans nombre cherchaient à l’épouser, mais celle-ei inventait mille prétextes pour tromper ses parents et différer ce moment; c’est qu’un amour abominable l’avait rendue folle de désir pour son père. Au début, retenue par la pudeur, elle s’efforcait de dissimuler son mal ; mais comme la passion l’y poussait, elle s’en ouvrit à Hippolité sa nourrice. Celle-ci lui promit de lui fournir un remède contre sa passion insensée et alla raconter à Théias qu’une jeune fille de riche famille désirait s’introduire en secret dans sa couche. Théias, sans soupconner ce qu’elle machinait contre lui, accepta la proposition. Et dans l’obscurité il attendit chez lui la jeunne fille sur son lit ; la nourrice, dissimulant Smyrna sous son voile, la lui amena secrètement. Cet acte odieux et impie reste ignoré assez longtemps. Lorsque Smyrna fut enceinte, Théias fut pris du desir d’apprendre qui était la mère de son enfant; il chaca une torche dans son appartement et, dès que Smyrna arriva après de lu, il sortit brusquement la torche et la reconnut; Smyrna accoucha prématurément de son enfant et, levant les bras au ciel, elle implora une faveur: ne plus paraître ni parmi les vivants ni parmi les morts. Zeus la transforma en un arbre qu’il appela du meme nom, Smyrna (ou arbre à myrrhe). On raconte que chaque année cet arbre laisse couler de son bois des larmes de myrrhe. Et Théias, père de Smyrna, se donna la mort pour avoir commis cet acte impie; quant à l’enfant, il fut élevé par la volonté de Zeus : on l’appela Adonis. Pour sa beuté, Aphrodite l’aima extremement.